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Newsletter n°1 : Le choc des cultures

L’objectif est que MYLAA accomplisse sa mission en 2018, pour que MYLAA 2019 ne soit plus utile. »
La mission est challengeante. Nous acceptons. Construire, en moins de deux mois, une filière de l’Artemisia à Dakar autonome et pérenne : c’est le défi que s’est lancé l’équipe MYLAA !

La première semaine s’achève déjà. Une semaine de riches enseignements, rencontres, découvertes culturelles… le Sénégal est un pays magnifique, mais gangrené par de nombreux problèmes : les déchets, déposés à même le sol, la pauvreté, qui est d’ailleurs paradoxale, la majorité des Sénégalais ont un portable, mais les plus pauvres n’ont pas accès à l’eau potable, et vivent dans quelques m² … les enfants des rues aussi, véritable tragédie nationale. Enfin la maladie, entre le paludisme, les maladies de peau … c’est sur plusieurs de ces problèmes que MYLAA tente d’intervenir.

À Dakar, de lundi à mercredi, nous avons enchaîné les rendez-vous, rencontré des acteurs divers. Lundi, nous avons visité un réseau portant un millier de femmes, s’étant mobilisé pour être en autosuffisance en alimentation. Elles ont des outils de transformation intéressants, allant de broyeurs à l’ensemble nécessaire pour faire des savons. Toute la journée nous rendons visite à des femmes intéressées. Elles voient en la plante un moyen d’avoir un traitement en lequel elles ont confiance, mais aussi un potentiel de revenu. Nous sommes dans les quartiers pauvres, la plante est un espoir.
L’après-midi nous rencontrons les fermes urbaines. Ici Dias, un homme motivé biologiste, initie les Sénégalais à la permaculture. Avec son collègue, ils ont de l’énergie, et un solide bagage de connaissance sur l’agriculture, mais ne connaissent pas l’Artemisia. Ils auront un rôle à jouer. Qui dit rencontre dit thé. Il rythme les discussions. Le premier est amer comme la mort, le second intense comme l’amour, le troisième doux comme la vie. La journée se termine dans notre logement, un ancien orphelinat aujourd’hui reconverti en cinéma. La vie y est douce.

Mardi, nous rencontrons d’autres acteurs. Eux cherchent à résoudre le problème des déchets. Ils auront aussi, nous le pensons, un rôle central. Les déchets jonchent partout le sol. Mais c’est aussi un pot pour faire pousser les plantes. L’après-midi nous allons dans un centre polyvalent rattaché à la mairie du coin. Ils ont parmi les rares terres non salées de Dakar, et veulent aider les femmes du coup à s’en sortir. Ils sont des partenaires idéals pour dynamiser le secteur avec l’Artemisia, et le maraîchage urbain. Partout, en particulier pour les femmes, la rage de s’en sortir est présente. Le problème est de s’organiser, pour trouver des graines, être formés, savoir où revendre et commencer à consommer. C’est là que nous avons un rôle à jouer, avec les réseaux de Kala, notre relais local.

Le soir, une famille nous accueille pour regarder le match. C’est un riche moment de partage. Ils nous offrent le logis, les bleus nous apportent la victoire. Nous les remercions. Nous rentrons de nuit, dans un moment qui restera épique dans les transports en commun de Dakar. La vie n’est pas facile, le décalage culturel est grand. Tous les jours nous sortons grandis de nos rencontres.

Le mercredi, nous allons dans la campagne, pour rencontrer, des Belges commençant une production semi-industrielle d’Artemisia, commercialisée sous la marque Le Lion Vert. Nous sommes dans l’atelier de transformation. Nous discutons machines, procédés, et posologie. Cette visite est riche d’enseignements. Nous pensons qu’eux aussi sont un élément de réponse aux problèmes. La campagne Sénégalaise est belle, la terre est ocre, habillée de baobabs. Se mélange cases et habitations en parpaings qui se construisent. Les cimenteries géantes caressent le ciel.

Le soir nous sommes à Thiès, nous logeons chez l’habitant. Les conditions sont rudes, là aussi nous sentons le décalage culturel, chaque jour est une claque.

Le lendemain est une journée studieuse. Après avoir visité l’école d’agronomie de Thiès, on nous accorde un bureau pour travailler. Les réflexions sont intenses, entrecoupées de pauses dans l’école de Thiès. Nous rencontrons des hommes travaillant sur l’Artemisia. Le soir nous rencontrons Karim, expert dans le domaine. Il nous apprend énormément de choses, connaît tout ce qu’il y a à savoir sur la plante. La nuit est douce sur les toits de Thiès. Ça nous permet de discuter avec notre hôte Thierno. Lui est un homme à tout faire dans l’université, et un zootechnicien.

Vendredi nous rencontrons Pierre, qui gère des champs d’Artemisia du Lion Vert, dans la région de Thiès. Lui aussi cumule les connaissances techniques, en tant qu’ingénieur agronome. Nous découvrons son métier, les difficultés du travail au Sénégal. Ces préoccupations pour la filière en cas de démocratisation de la culture. Il est exigeant mais le courant passe. Nous mangeons chez lui, l’amitié franco-belge n’a pas été ébranlée par le match. Il arrive à être rentable dans son exploitation notamment grâce à l’Artemisia. L’un d’entre nous souffre d’insolation, les autres travaillent un peu au champ contre des plants pour les formations. Le soir nous discutons avec Thierno. Ce soir après deux nuits à se faire dévorer par les moustiques nous avons pris toutes les mesures possibles pour bien dormir. Et la nuit fut bonne.

En ce samedi, nous partons au monastère de Keur Moussa, eux font de longue date des savons d’Artemisia pour guérir les dermatoses, tandis que le dispensaire tenu par des sœurs à Thiès distribue des gélules d’Artemisia. Gélules et savons s’écoulent comme des petits pains. Nous avons rencontré les frères, le monastère est magnifique, c’est un paradis perdu, riche en verdure, tout en humilité. Il est temps de retourner à Dakar pour reprendre des forces pour la semaine qui s’annonce. Producteurs, transformateurs, formateurs, chercheurs, mairies, religieux, industriels et agriculteurs.

Face aux problèmes, tous ces acteurs sont un élément de solution. Nous essayons de les lier, pour qu’ils construisent ensemble un avenir brillant de la filière de l’Artemisia.

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